Quand on évoque la scène techno Allemande depuis quelques années, on peut avoir en tête des labels tels que Kompakt, Cocoon, Östgut ou Systematic par exemple, du son electro/minimal. On peut y ressentir quelque ennuis, notamment sur un dancefloor. Des labels comme Federation of Drums, X Force, Global Ambition, Tresor sont pour moi de bonnes références pour un public à la recherche de tempos plus rapides et de sonorités hypnotiques. J’ai pu récement découvrir le travail artistique d’Anastasia Belosova, DJ Allemande de Dusseldorf, qui m’a donné plaisir à retrouver ces tempos plus percutants. Dans sa musique les pistes de basses et snares déroulent avec puissance, les napes acides sont généreuses et donnent le sourire. J’ ai voulu aussi vous présenter son travail par le biais d’une interview avec elle.
Mute: Anastasia bonjour, tu vis à Dusseldorf en Allemagne si j’ai bien compris, comment est le paysage musical là bas ?
Anastasia Belosova: Bonjour, je pense que comme dans toutes les grandes villes d’Allemagne, Minimale et House dominent la scène techno de Dusseldorf. Il existe cependant une scène underground restreinte à laquelle j’appartiens, aimant le beat brut et chaleureux de l’Acid/Techno.
M: L’atmosphère de la ville t’inspire-t’elle ou fini-t’elle penses-tu par se ressentir dans ta musique ?
A: Ce n’est pas particulièrement l’atmosphère de Dusseldorf elle même qui m’inspire, je pense que c’est une partie de ma personnalité et mon être. Dusseldorf est un endroit agréable à vivre et où j’aime évoluer, un lieu récréatif pour moi.
M: J’ai pu découvrir ta musique à travers plusieurs mixes et tes compositions. Tu mixes et composes depuis combien d’années ? Comment as tu commencé ton parcours artistique ?
A: Et bien, la musique est une partie de mon être si je dois me définir. Cela à commencé avec les vieux albums de mon père en Ukraine, Led Zeppelin, Deep Purple et beaucoup d’autres. J’aime particulièrement les sons durs mais j’ai aussi toujours écouté d’autres catégories musicales, musique classique incluse. En arrivant en Allemagne, j’ai eu mon premier contact avec la Techno et tout de suite accroché à cette expression musicale. Mes premiers pas en mixes et production je les ai fait voila 5 ans à Cologne, dans l’école Vibra-DJ.
M: tu t’es entourée de quel matériel pour créer ta musique ? Tu fais parti d’un collectif ?
A: Mes mixes et sets en soirées sont faits exclusivement avec des bonnes vieilles galettes. J’adore le son analogue d’origine et la sensation procurée. Ma collection de vieux disques grossi avec le temps, le son originel et dur. Dès que j’ai la chance de pouvoir échanger ou acheter de vieux « skeuds » avec d’autres DJ ou amis, je le fais. Vraiment rares parmis les disques récents sont ceux qui me plaisent. Pour réaliser des compositions je suis liée au son digital sur ordinateur. Je travaille la plupart du temps avec Danny Dynamic qui co-produit et m’aide à transformer mes idées musicales en réalité.
M: Ressens tu des affinités pour certains artistes; Quelles sources d’inspiration chez toi ? Je me trompe peut être mais quand j’écoute Hornet 1 et 2, je pense aux Heretik, Tu connais et apprécies le son « free » Français ?
A: Je n’ai pas vraiment de contact avec la scène techno française et ne pourrais dire que je connais les « free parties » françaises, mais ça pourrait être bien d’avoir plus de contact avec la France et sa scène techno. D’autres artistes m’apportent surement une bonne inspiration et la musique me suis toujours, pourtant je ne pourrais citer personne dont la musique est la chose exacte que je recherche.
M: Tu as grandi en Ukraine, tu as donc une double culture, ces racines sont-elles source d’inspiration elles aussi ?
A: Oui et non, ce n’est pas facile d’y répondre par un simple mot. Je suis née en Ukraine et mes racines, mon enfance se trouve là, maintenant je vis en Allemagne et me suis vraimment bien adaptée au mode de vie ouest européen. Je suis surement influencée par les 2 cultures, mais je ne pense pas que cela se retrouve vraimment comme forme d’inspiration.
M: Comme je suis plutôt gaucho et anar’ parfois.. C’est comment de grandir en Ukraine ?
A: C’était pas très facile comme vie là-bas, ça fait maintenant 10 ans, il y avait beaucoup de problèmes à obtenir besoins essentiels et satisfaction. L’Ukraine faisait parti des états d’Union Soviétique et pour moi tout parraissait normal à vivre là et dans le quotidien de l’époque. Maintenant, je vis ici et j’aime bien!
M: Je t’ai découvert par l’ interview de StaffRecordPlayer sur Youtube, mes études d’Allemand sont loin derrière, rire, mais j’ai quand même compris l’essentiel. Tu y exprimes notament un amour du vinyl. Voudrais tu au risque de te répéter m’en dire un peu plus ?
A: Oui, tu as raison, le mot « Turntablism » décrit très bien mon rapport avec le mix en live. Pour moi ce n’est pas possible d’utiliser un portable ou un CDJ quand je joue en soirée. Je sais aussi que la plupart des DJ’s aujourd’hui utilisent des médias digitaux, CDJ’s, Portables, ou des émulateurs de vinyls, je risque d’être un peu réductrice, appuyer sur un bouton de synchronisation ce n’est pas mon style pour mixer. Les vinyles donnent un rapport physique, tu peux ressentir par leur biais la présence de la musique. Je crois qu’on a déja assez de réalité virtuelle
M: Comme tu es une femme, j’ai la « Macho Question » à te poser. J’ai plusieurs fois entendu des discussions de mecs sur les DJettes. Soyons cru, comme quoi les mixes manquent de « couilles », restent assez plats.. Que rares sont les DJettes qui parviennent à dépasser ce stade, celles qui donnent beaucoup d’émotion dans leurs mixes en plus de la technique, je pense à Miss Kittin, Miss Djaxx, Ellen Allien, Lisa Lashes par exemple.. Alors que pour être honnette je ressens un terrible ennui en écoutant Tania Vulcano ou DJ Shorty (je me fais pas que des amis..).. Est ce que tu as déjà rencontré ce genre de discussions, et penses tu que c’est plus dur pour une femme de faire ses preuves dans le milieu Techno pourtant ouvert généralement ?
A: Hehe, je pense qu’en général on surévalue les couilles
)). Avoir des seins aussi ne permet pas forcement à n’importe quelle DJette de faire de la bonne musique chaleureuse. Je pense que c’est vrai que les femmes créent des sons plus doux, parfois plus commerciaux et je ne suis pas toujours convaincue que leur aspirations artistiques soient au premier plan de leurs activités. Pour moi la barrière des seins ne brise pas mon élan, je veux faire de la bonne musique. Être une femme ne m’empèche pas de faire du son vibrant et dur.
M: J’ai écouté tes mixes et acheté tes chansons sur un site marchand, et aimé mixer Windpocken, Asystolie avec Xwax. Actuellement comment travailles tu ? Tu es résidente dans un club particulier ? Il y a des Free Parties en Westphalie ?
A: Être DJ n’est pas ma seule activitée, j’ai aussi un emploi à côté pour me tenir indépendante financièrement afin de faire de la musique et me réaliser. Je n’ai pas de statut de résident dans un club (pour à peu près les mêmes raisons). Je me produit dans différents club, quand le programme me permet de jouer de la façon que j’aime. J’adore jouer dans des petits clubs, un peu en marge, je n’ai pas vraimment d’ambition à jouer dans d’enormes festivals et discothèques. Pour moi le contact direct avec la salle est important et source d’inspiration.
M: Je reviens à ton amour du vinyle, tu prends plaisir à aller fouiller dans les caisses de disques des magasins ? Pour ma part j’adore fouiller partout ou je croise un magasin avec quelques disques, ça plombe assez mes finances mais c’est pas forcement négatif..
A: Il n’y a pas trop de magasins ici pour chercher les « vieilles balles », je préfère fouiller chez les disquaires en ligne, mais j’ai aussi beaucoup d’amis avec d’excellents disques, je leur en achète parfois et la plupart du temps, de vieilles références.
M: Quel est le magasin le plus invraissemblable, voir fou ou décalé que tu aies déja rencontré ?
A: Je suis désolée, je n’en connais pas, mais si toi tu en connais, fais le moi savoir
M: J’aime Switch Records à Rennes, perdu au fond d’une ruelle (un peu rafraichie depuis) qui était bien glauque avant. À Paris, Sphenoïd qui est le premier shop ou j’ai du rentrer après avoir récupéré les platines d’un ami il y a plusieurs années, vraiment un chouette shop. Comme je vis à nouveau en Bretagne, récement j’ai découvert une géniale caverne à Quimper, des disques en bordel partout, il faut se battre quand même un peu avec le patron sur ses tarifs
)
Au delà de ces questions que je viens de te poser Anastasia, voudrais tu ajouter quelque chose ?
A: Oui j’aimerai ajouter quelque chose: Je crois que la techno , et je pense au véritable son techno, va survivre. Je suis certaine qu’il y aura une resurection de la scène techno bientôt.
M: Merci pour ces quelques minutes que tu m’as accordé. Je te souhaite beaucoup de réussite dans tes projets musicaux.
A: Merci beaucoup!
Quelques liens vous permettant de découvrir le travail artistique d’Anastasia Belosova, ses créations et mixes
Site web d’Anastasia Belosova
Anastasia Belosova sur Myspace
Interview en Allemand de StaffRecordPlayer
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Auteur : wintermoot

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